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Charte de l'Investissement 2026 : primes, conditions et dossier CRI, le guide complet

Quatre ans après son adoption, la nouvelle Charte est pleinement opérationnelle. Voici ce que tout dirigeant et tout conseil doivent savoir pour en bénéficier.

La Rédaction Neybras La Rédaction Neybras
·Dossier maison ·25 Juin 2026 ·12 min de lecture
Charte de l'Investissement 2026 — loi-cadre 03-22, Maroc
Charte de l'Investissement 2026 (loi-cadre n° 03-22) : un dispositif de primes directes au service de l'investissement privé au Maroc.

La loi-cadre n° 03-22 formant Charte de l'investissement a remplacé un texte vieux de près de trente ans. Sa promesse est inédite au Maroc : non plus seulement des exonérations fiscales, mais des primes directes versées par l'État, pouvant atteindre 30 % du montant d'un investissement. Pourtant, beaucoup d'entreprises éligibles passent à côté, faute de connaître les conditions exactes ou la procédure. Ce guide reprend le dispositif point par point : les primes, les seuils, les secteurs prioritaires, et la marche à suivre pour déposer un dossier au CRI.

L'essentiel en 30 secondes
  • Cadre : loi-cadre n° 03-22, promulguée par le Dahir n° 1-22-76 du 9 décembre 2022, pleinement applicable depuis les décrets de 2023.
  • Principe nouveau : des primes directes, et non plus de simples avantages fiscaux.
  • Trois primes cumulables (commune, territoriale, sectorielle), dans la limite de 30 % du montant primable.
  • Seuil du dispositif principal : investissement ≥ 50 millions de DH.
  • Dispositif TPME, opérationnel depuis fin 2025, ouvert aux projets plus modestes.
  • Dépôt du dossier au Centre Régional d'Investissement (CRI), convention signée avec l'État.

Pourquoi une nouvelle Charte

L'ancienne charte, la loi-cadre n° 18-95 de 1995, a structuré l'attractivité du Maroc pendant près de trois décennies. Mais elle reposait presque exclusivement sur des avantages fiscaux et douaniers, sans soutien financier direct. Or le constat économique était clair : le Maroc affiche l'un des taux d'investissement les plus élevés au monde, autour de 30 % du PIB, mais cet effort reste porté majoritairement par le secteur public, qui en représente environ les deux tiers.

La Charte 2022 vise précisément à inverser cette proportion en faveur du privé, avec un objectif affiché de mobiliser des centaines de milliards de dirhams d'investissement privé et de créer des centaines de milliers d'emplois. Elle s'articule autour de trois priorités : créer des emplois stables, réduire les disparités territoriales entre régions, et développer les secteurs jugés prioritaires pour l'économie nationale.

Les dispositifs de soutien : comment ils s'articulent

La Charte distingue un dispositif de soutien principal et des dispositifs spécifiques. Comprendre cette architecture est la première étape, car chaque projet ne relève pas du même régime.

  • Le dispositif principal s'adresse aux projets dont le montant est égal ou supérieur à 50 millions de DH. C'est lui qui ouvre droit aux trois primes cumulables.
  • Le dispositif stratégique vise les méga-projets à fort impact (montant ≥ 2 milliards de DH, ou projets touchant la sécurité hydrique, énergétique, alimentaire ou sanitaire). Les avantages y sont négociés au cas par cas.
  • Le dispositif TPME a été opérationnalisé fin 2025 (décret n° 2-25-342). Il ouvre un soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises, en dessous des seuils du dispositif principal — un changement majeur pour le tissu économique national.
  • Le dispositif de développement international, destiné à accompagner les entreprises marocaines qui s'implantent à l'étranger, dont les textes d'application sont attendus.

Les trois primes du dispositif principal

C'est le cœur du dispositif. Trois primes, qui se cumulent dans une limite globale.

1. La prime commune (ou prime de base)

Accessible à tout projet éligible du dispositif principal, elle est calculée selon des critères liés notamment à l'emploi créé et à la nature du projet. C'est la composante centrale du soutien, à laquelle s'ajoutent les deux bonus suivants.

2. La prime territoriale

Elle vise à corriger les écarts de développement entre régions. Les provinces et préfectures sont classées en deux catégories selon des critères socio-économiques (PIB par habitant, taux de chômage, indice de développement humain). Le bonus est de 10 % pour la catégorie A et de 15 % pour la catégorie B, la plus favorisée en termes d'aide car correspondant aux territoires les moins développés.

3. La prime sectorielle

Elle récompense l'investissement dans des secteurs jugés prioritaires : industrie, tourisme, numérique, transport, outsourcing, logistique, industries culturelles, aquaculture, énergies renouvelables et valorisation des déchets. Son taux de base est de 5 % de l'investissement éligible. À noter : lorsqu'un projet relève de plusieurs secteurs, la prime sectorielle ne s'applique qu'une fois, au secteur concentrant la plus grande part de l'investissement.

La règle de cumul, à retenir absolument

Les trois primes sont cumulables, mais le total est plafonné à 30 % du montant primable du projet. Autrement dit, même si l'addition arithmétique des taux dépasse 30 %, l'aide effective est ramenée à ce plafond. Pour les projets de production d'énergie renouvelable (éolien, solaire, hydraulique), un plafond spécifique en valeur s'applique : 30 millions de dirhams.

Pour rendre la règle concrète, voici deux illustrations chiffrées simplifiées :

ProjetPrimes brutes additionnéesPrime effective (après plafond 30 %)
Projet en zone B, secteur prioritaireTerritoriale 15 % + sectorielle + communeRamené à 30 % du montant primable
Projet industriel de 50 MDH en zone ATerritoriale 10 % + sectorielle 5 %≈ 15 % du montant primable

Ces exemples sont donnés à titre pédagogique. Le calcul réel dépend de l'assiette primable retenue, des exclusions applicables et de la décision de la commission. Seul un examen au cas par cas permet de chiffrer précisément l'aide.

Au-delà des primes : les avantages fiscaux et douaniers

Les primes directes ne remplacent pas les avantages classiques : elles s'y ajoutent. La Charte maintient notamment l'exonération de TVA sur les biens d'investissement pendant une période déterminée, l'exonération de taxe professionnelle pendant les premières années d'exploitation, et des droits de douane réduits sur certains équipements. Pour les investisseurs étrangers, la Charte réaffirme par ailleurs la garantie de rapatriement des capitaux et des bénéfices en devises, point déterminant dans toute décision d'implantation.

Quelles conditions pour être éligible

L'éligibilité au dispositif principal repose sur des conditions cumulatives ou alternatives selon les cas, dont les principales sont :

  • Le montant : un investissement global égal ou supérieur à 50 millions de DH pour le dispositif principal.
  • L'emploi : la création d'emplois stables, c'est-à-dire des contrats d'une durée minimale fixée par les textes. Le dispositif principal cible une fourchette d'emplois créés définie par décret.
  • L'intégration locale : un taux minimal d'achats de biens et services au Maroc, variable selon le secteur.
  • Les exclusions : certaines dépenses ne sont pas couvertes par la prime, notamment la part de foncier au-delà d'un certain pourcentage du total, les frais d'études préliminaires et le besoin en fonds de roulement.

Les projets inférieurs à 50 millions de DH ne sont pas exclus de tout soutien : ils relèvent des avantages fiscaux de droit commun et, désormais, du dispositif TPME pour les structures éligibles.

Déposer un dossier au CRI : la marche à suivre

La demande de soutien passe par une convention d'investissement signée avec l'État. Le dossier se dépose auprès du Centre Régional d'Investissement (CRI) compétent. Voici les étapes, dans l'ordre.

  1. Vérifier l'éligibilité. Confirmer que le projet remplit les critères du dispositif visé (montant, emploi, secteur, territoire).
  2. Constituer le dossier. Réunir les pièces : business plan, statuts de la société, attestations fiscales et CNSS, et les documents listés par les arrêtés d'application.
  3. Déposer auprès du CRI. Le dépôt se fait via la plateforme et le CRI de la région concernée (cri-invest.ma).
  4. Instruction. La commission régionale instruit le dossier. Pour les projets dont le montant atteint ou dépasse 250 millions de DH, c'est la Commission Nationale des Investissements, présidée par le Chef du gouvernement, qui statue.
  5. Signature de la convention. Une fois le dossier approuvé, la convention est signée avec l'État. Le délai indicatif souvent cité est d'environ 75 jours, sous réserve d'un dossier complet.
  6. Réalisation du projet. L'investissement doit être réalisé dans le délai prévu par la convention, généralement trois ans à compter de la signature, sauf stipulation contraire ou force majeure.

L'erreur la plus fréquente

La majorité des dossiers retardés ou rejetés le sont pour un motif simple : un dossier incomplet ou un business plan non conforme aux exigences réglementaires. Sur un dispositif où chaque mois compte, la qualité du montage initial fait la différence entre une convention signée en un trimestre et un projet qui s'enlise. C'est aussi là que l'accompagnement d'un conseil prend tout son sens.

Questions fréquentes

Quel est le montant minimum pour bénéficier des primes de la Charte ?

Pour le dispositif principal, le projet doit représenter un investissement d'au moins 50 millions de DH. En dessous, les projets relèvent des avantages fiscaux de droit commun et, le cas échéant, du dispositif TPME opérationnel depuis fin 2025.

Les primes peuvent-elles vraiment atteindre 30 % ?

Le cumul des primes commune, territoriale et sectorielle est plafonné à 30 % du montant primable. C'est un plafond : l'aide effective dépend du profil du projet, du territoire et du secteur, et peut être inférieure.

Combien de temps prend la procédure ?

Le délai indicatif fréquemment évoqué pour la signature de la convention est d'environ 75 jours, à condition que le dossier soit complet dès le dépôt. Un dossier incomplet allonge significativement ce délai.

Un investisseur étranger peut-il en bénéficier ?

Oui. La Charte s'applique aux entreprises marocaines comme étrangères et réaffirme la garantie de rapatriement des capitaux et bénéfices en devises pour les investissements étrangers.

Où dépose-t-on la demande ?

Auprès du Centre Régional d'Investissement (CRI) de la région concernée, via la plateforme cri-invest.ma. La convention est ensuite signée avec l'État après instruction.

En conclusion

La Charte de l'Investissement marque un tournant : pour la première fois, l'État marocain ne se contente plus d'alléger la fiscalité, il cofinance directement l'investissement privé. Pour une entreprise, l'enjeu n'est plus de savoir si le dispositif est avantageux — il l'est — mais de monter un dossier solide qui sécurise l'aide et respecte les délais. C'est précisément là que se joue la réussite d'une demande de convention.

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Sources : Loi-cadre n° 03-22 formant Charte de l'investissement (Dahir n° 1-22-76 du 9 décembre 2022) · Décrets et arrêtés d'application 2023 · Décret n° 2-25-342 relatif au dispositif de soutien aux TPME · Portail des Centres Régionaux d'Investissement (cri-invest.ma). Document à valeur informative ; vérifier les taux et seuils dans la dernière version consolidée des textes avant toute décision.

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