En visite au Maroc, le président de la Banque africaine de développement, Dr Sidi Ould Tah, a présidé, le 29 septembre, aux côtés de Nadia Fettah, la signature d’un prêt de 270 millions d’euros à l’Office national des aéroports. Derrière le montant, un enjeu de capacité. Le Royaume veut moderniser et accroître ses capacités aéroportuaires d’ici 2030, et s’affirmer comme hub aérien de référence entre l’Afrique, l’Europe et le reste du monde.
Dans l’aérien, la compétition ne se joue plus seulement sur les pistes. Elle se joue dans les terminaux, les tours de contrôle et les plans de financement. Le Maroc vient d’en faire la démonstration à Casablanca.
Une signature au plus haut niveau
Mardi 29 septembre, la cérémonie est présidée par Dr Sidi Ould Tah, président de la BAD, et Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances. Le déplacement du président de l’institution panafricaine donne à l’opération une portée politique qui dépasse le simple prêt.
Les paraphes reviennent à Achraf Tarsim, responsable du bureau pays de la BAD au Maroc, et à Adel El Fakir, directeur général de l’ONDA. Saïd Jabrani, directeur général de Tamwilcom, complète le tableau. L’institution financière nationale garantit l’opération.
Un montage à trois étages
L’architecture est lisible. Un prêteur multilatéral, un emprunteur public, un garant national.
- Montant : 270 millions d’euros, sous forme de prêt
- Prêteur : Banque africaine de développement
- Emprunteur : Office national des aéroports (ONDA)
- Garant : Tamwilcom
- Programme : Programme d’extension et de modernisation des infrastructures aéroportuaires (PEMIA)
- Plateformes : Marrakech, Agadir, Fès et Tanger
La présence de Tamwilcom dans la chaîne mérite l’attention. Le communiqué ne précise pas la nature de sa garantie. Ce point conditionne pourtant la lecture du risque porté par chacun des acteurs.
Marrakech, locomotive du programme
Les objectifs de capacité à l’horizon 2030 dessinent une hiérarchie nette :
- Marrakech : 14 millions de passagers
- Agadir : 5 millions
- Tanger : 3,6 millions
- Fès : 3 millions
Au total, 25,6 millions de passagers de capacité visée. Marrakech en concentre à elle seule près de 55 %. Le programme épouse ainsi la carte du tourisme marocain. La cité ocre et la station balnéaire du Souss portent l’essentiel de l’effort. Tanger et Fès complètent le maillage, au nord et au centre du pays. Casablanca ne figure pas parmi les plateformes citées.
Au-delà du béton
Le PEMIA ne se limite pas à agrandir des terminaux. Il porte sur trois chantiers : la mise à niveau des infrastructures, l’extension des systèmes de navigation aérienne, le renforcement de la sûreté et de la sécurité.
Concrètement, l’argent ira à des équipements de sûreté de dernière génération, à des systèmes automatisés de traitement des bagages et à des solutions numériques pour fluidifier le parcours voyageur. L’expérience passager devient un avantage compétitif. Dans un pays qui veut accroître ses flux touristiques, commerciaux et d’affaires, l’aéroport devient une infrastructure de compétitivité.
Selon la BAD, le programme devrait générer à court terme plusieurs milliers d’emplois, notamment pour les jeunes et les femmes. À moyen terme, il doit irriguer le tourisme, le commerce, la logistique et l’investissement lié au transport aérien.
Le regard des décideurs
Pour Dr Sidi Ould Tah, la Banque « accompagne l’ambition du Royaume du Maroc de moderniser et d’accroître ses capacités aéroportuaires, notamment dans des pôles stratégiques tels que Marrakech, Agadir, Fès et Tanger ». Il ajoute que la BAD contribue aussi aux efforts du Maroc « dans sa préparation aux grandes échéances internationales ».
Le président de la BAD inscrit l’opération dans le Programme intégré de transformation de l’aviation en Afrique (IATP). Ce programme vise un secteur aérien africain plus sûr, plus compétitif, plus durable et mieux connecté.
Nadia Fettah a souligné qu’« il n’y a pas de grande réforme ou de grand projet qui n’ait pas été financé par la BAD ». Elle a remercié l’institution « pour son implication notamment dans le domaine aéroportuaire ».
Ce que le communiqué ne dit pas
Plusieurs données restent dans l’ombre. Le coût total du PEMIA n’est pas communiqué, ce qui empêche de mesurer la part réelle de la BAD dans l’effort. La nature de la garantie de Tamwilcom n’est pas précisée. Le calendrier de décaissement non plus. Ces éléments feront la différence entre une annonce et une trajectoire.
Ce qu’il faut retenir
- Un signal politique : un prêt signé en présence du président de la BAD et de la ministre de l’Économie et des Finances
- Une priorité touristique : Marrakech et Agadir concentrent près des trois quarts de la capacité visée
- Une ambition continentale : l’opération s’aligne sur la « Vision touristique 2030 » du Royaume et sur les Quatre Points cardinaux, la vision opérationnelle de la BAD
Reste une question pour les investisseurs du secteur : la capacité suffira-t-elle à faire du Maroc le hub aérien de référence entre l’Afrique et l’Europe, ou la bataille se jouera-t-elle désormais sur la connectivité et les compagnies ?
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