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Réformes OHADA 2024-2026 : les changements majeurs que les entreprises doivent intégrer

L'OHADA a engagé une vague de révisions de ses Actes uniformes. Droit des sociétés, droit des sûretés, procédures collectives : les nouvelles règles modifient en profondeur le paysage juridique des affaires en Afrique francophone.

SB
Samir Belhaj
·Juriste d'affaires, spécialiste droit OHADA, Dakar — Casablanca ·21 Mai 2026 ·11 min de lecture
Réformes OHADA droit africain des affaires
L'OHADA continue de moderniser son corpus juridique pour renforcer la sécurité juridique dans les 17 États membres. © Pexels

L'Organisation pour l'Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires ne cesse de perfectionner son arsenal normatif. Depuis sa création en 1993, l'OHADA a adopté dix Actes uniformes couvrant les principaux domaines du droit des affaires, de la comptabilité au transport, en passant par les sûretés et l'arbitrage. Les cycles de révision engagés entre 2024 et 2026 touchent plusieurs Actes fondamentaux. Pour les entreprises opérant dans les 17 États membres — et pour les investisseurs marocains et africains qui y déploient des capitaux — ces changements sont d'une importance pratique immédiate.

I. L'AUSCGIE révisé : droit des sociétés modernisé

L'Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d'intérêt économique (AUSCGIE) est le texte le plus directement impactant pour les entreprises. Sa révision en cours vise à adapter le droit des sociétés OHADA aux réalités contemporaines : digitalisation, gouvernance, financement innovant et protection des actionnaires minoritaires.

La société par actions simplifiée (SAS) renforcée. La SAS OHADA, introduite par la révision de 2014, est plébiscitée par les investisseurs et les entrepreneurs pour sa flexibilité statutaire. La révision en cours renforce les dispositions relatives à sa gouvernance, notamment en clarifiant les règles applicables aux décisions collectives par voie électronique et les modalités d'émission d'actions de préférence. Ces ajustements rapprochent la SAS OHADA des standards internationaux du venture capital et du private equity.

La protection des actionnaires minoritaires. Les nouvelles dispositions renforcent les droits d'information des actionnaires minoritaires dans les sociétés anonymes non cotées. Le seuil de détention donnant accès au droit à l'expertise de gestion est abaissé, et la procédure de mise en jeu de la responsabilité des dirigeants (action ut singuli) est assouplie pour faciliter son exercice par les minoritaires.

Principales innovations AUSCGIE révisé
  • SAS renforcée — actions de préférence, décisions électroniques, gouvernance flexible
  • Actionnaires minoritaires — seuils abaissés, droits d'information élargis
  • Assemblées générales dématérialisées — vote électronique sécurisé consacré
  • Dirigeants de fait — responsabilité clarifiée et étendue
  • Entreprise unipersonnelle — régime simplifié pour l'EURL et la SARLU

II. L'Acte uniforme sur les sûretés révisé : vers plus de sécurité pour les créanciers

L'Acte uniforme portant organisation des sûretés (AUS) avait déjà connu une révision majeure en 2010. La révision en cours vise à corriger les imperfections de cette première révision et à intégrer les développements de la pratique financière, notamment en matière de financement des PME et de credit scoring.

Le registre électronique des sûretés. Le dispositif de publicité des sûretés mobilières — pivot de l'efficacité du régime OHADA des sûretés — est renforcé par la mise en place d'un registre électronique national interopérable, accessible aux créanciers potentiels pour vérifier si un actif est déjà grevé d'une sûreté. Cette réforme est cruciale pour le développement du crédit PME dans l'espace OHADA, car elle réduit l'asymétrie d'information entre prêteurs et emprunteurs.

Le gage de compte bancaire. La révision introduit un mécanisme de gage de compte bancaire simplifié, permettant à un créancier de prendre une sûreté sur les avoirs d'un débiteur dans une banque sans les formalités lourdes du nantissement traditionnel. Cette innovation est particulièrement utile pour les établissements de crédit qui souhaitent garantir des crédits à court terme.

« Le registre électronique des sûretés est une révolution silencieuse dans l'espace OHADA. Pour la première fois, un banquier à Dakar peut vérifier en temps réel si les actifs d'un emprunteur à Abidjan sont déjà nantis. »
— Samir Belhaj, Juriste d'affaires, Dakar — Casablanca

III. Les procédures collectives réformées : sauvetage des entreprises viables

L'Acte uniforme portant organisation des procédures collectives d'apurement du passif (AUPCAP) est au cœur de la réforme 2024-2026. La révision vise à rééquilibrer le système en faveur du sauvetage des entreprises viables, sur le modèle des meilleures pratiques internationales (UNCITRAL Legislative Guide on Insolvency Law).

La conciliation préventive renforcée

La procédure de conciliation — outil de prévention qui permet à une entreprise en difficulté de négocier un accord avec ses créanciers avant la cessation des paiements — est renforcée dans l'AUPCAP révisé. Les délais sont allongés (de 3 à 5 mois maximum), la confidentialité est mieux protégée et l'accord de conciliation homologué bénéficie désormais d'un privilège de procédure renforcé qui protège les créanciers nouveaux ayant financé l'entreprise pendant la conciliation.

La procédure de sauvegarde : vers un Chapter 11 africain

La procédure de sauvegarde OHADA — proche du Chapter 11 américain dans son esprit — est simplifiée et rendue plus accessible aux PME. Les critères d'ouverture sont assouplis : une entreprise peut désormais demander l'ouverture d'une sauvegarde dès lors qu'elle anticipe une difficulté à faire face à ses obligations, sans attendre la cessation des paiements avérée. Les plans de sauvegarde peuvent désormais prévoir des conversions de créances en capital (debt-to-equity swaps), permettant aux créanciers institutionnels de devenir actionnaires de l'entreprise sauvegardée.

Acte uniformeInnovation principaleImpact pratique
AUSCGIE (sociétés)SAS renforcée, protection minoritairesMeilleure attractivité pour les investisseurs
AUS (sûretés)Registre électronique, gage compte bancaireDéveloppement du crédit PME
AUPCAP (procédures collectives)Sauvegarde assouplie, debt-to-equitySauvetage entreprises viables facilité
AUA (arbitrage)Arbitre d'urgence, multipartiteStandard international atteint

IV. La digitalisation des formalités juridiques : l'espace numérique OHADA

L'une des ambitions les plus significatives du programme de réforme 2024-2026 est la création d'un espace numérique OHADA — une plateforme centralisée permettant d'effectuer en ligne les principales formalités juridiques dans les États membres : immatriculation des sociétés, inscription des sûretés, dépôt des actes, consultation des registres.

Ce projet, financé en partie par des bailleurs de fonds internationaux, vise à réduire les coûts et les délais de création d'entreprise dans l'espace OHADA — un facteur régulièrement pointé par le classement Doing Business comme un frein à l'investissement. Les États pilotes pour le déploiement de la plateforme incluent la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Cameroun.

Pour les entreprises marocaines qui investissent dans l'espace OHADA, cette digitalisation est une opportunité : elle réduit la dépendance aux intermédiaires locaux pour les formalités administratives courantes et améliore la traçabilité des opérations juridiques.

V. Ce que les entreprises marocaines et africaines doivent anticiper

Les réformes OHADA 2024-2026 ont des implications concrètes pour les entreprises qui opèrent dans ou vers l'espace OHADA. Voici les points d'attention prioritaires.

Mettre à jour les statuts sociaux. Les entreprises constituées sous forme de SAS OHADA avant la révision doivent vérifier si leurs statuts sont compatibles avec les nouvelles exigences. Certaines clauses peuvent devoir être modifiées — notamment celles relatives aux assemblées générales et aux actions de préférence.

Réviser les contrats de sûreté existants. Les nantissements et gages constitués sous l'AUS antérieur à la révision restent valables, mais leur publicité doit être mise en conformité avec le nouveau registre électronique. Les créanciers qui n'auront pas procédé à l'inscription électronique dans le délai de transition risquent une perte de rang dans le classement des créanciers en cas de procédure collective.

Former les équipes juridiques. Les révisions des Actes uniformes modifient les pratiques en profondeur. Les équipes juridiques internes des entreprises opérant dans l'espace OHADA doivent être formées aux nouvelles dispositions, en particulier sur les procédures de sauvegarde et les mécanismes de sûretés révisés.

Intégrer l'OHADA dans les stratégies d'arbitrage. Les innovations procédurales de l'AUA révisé (arbitre d'urgence, multipartite) renforcent l'attractivité de l'arbitrage OHADA pour les transactions intra-africaines. Les entreprises marocaines qui contractent avec des partenaires dans l'espace OHADA ont intérêt à réévaluer leurs clauses d'arbitrage à la lumière de ces améliorations.

Note rédactionnelle : Cet article présente une analyse des orientations des réformes OHADA 2024-2026 telles que connues à la date de publication. Certaines révisions peuvent ne pas encore avoir été formellement adoptées lors du Conseil des ministres de l'OHADA. Les lecteurs sont invités à vérifier le statut d'adoption de chaque révision sur le site officiel de l'OHADA (ohada.com).
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À propos de l'auteur
Samir Belhaj
Juriste d'affaires · Droit OHADA · Dakar — Casablanca
Samir Belhaj est juriste d'affaires spécialisé dans le droit OHADA et le droit de l'investissement en Afrique francophone. Il accompagne des entreprises marocaines et étrangères dans leur structuration juridique dans l'espace OHADA et intervient comme formateur dans des programmes de formation au droit africain des affaires.