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Tribune · Arbitrage

Exécution en Algérie des sentences arbitrales étrangères

Cinq points de vigilance pour les entreprises

Me Nouni Brahim
·Avocat en Algérie · Cabinet Maître Nouni ·4 min de lecture

Dans les contrats internationaux, obtenir une sentence arbitrale favorable ne constitue pas toujours la fin du contentieux. Lorsque le débiteur, ses actifs ou le lieu d’exécution se trouvent en Algérie, une seconde phase commence : celle de la reconnaissance et de l’exécution de la sentence.

Pour les directions juridiques et les conseils internationaux, l’enjeu est donc d’anticiper cette étape dès la structuration du contrat et, plus encore, avant d’engager toute procédure d’exécution.

1. Identifier précisément la nature et l’origine de la sentence

Le droit algérien organise la reconnaissance et l’exécution des sentences d’arbitrage international. L’article 1051 du Code de procédure civile et administrative prévoit qu’une sentence d’arbitrage international peut être reconnue en Algérie lorsque son existence est établie et que sa reconnaissance n’est pas contraire à l’ordre public international.

Lorsque le siège du tribunal arbitral se situe hors d’Algérie, la demande tendant à rendre la sentence exécutoire relève du président du tribunal du lieu où l’exécution est recherchée.

Cette première qualification est essentielle : la localisation des actifs et le lieu concret de l’exécution déterminent directement la stratégie procédurale.

2. Sécuriser le dossier documentaire

Une difficulté fréquente ne tient pas au fond de la sentence mais à la constitution du dossier d’exécution.

L’article 1052 du Code algérien exige notamment la production de l’original de la sentence accompagné de la convention d’arbitrage, ou de copies réunissant les conditions requises pour leur authenticité.

L’Algérie est également partie à la Convention de New York du 10 juin 1958. Lors de son adhésion, elle a formulé les deux réserves prévues par l’article I, paragraphe 3 : la réserve de réciprocité, limitant l’application de la Convention aux sentences rendues sur le territoire d’un autre État contractant, et la réserve commerciale, visant les différends issus de rapports juridiques considérés comme commerciaux par le droit algérien.

Pour l’entreprise créancière, il est donc prudent de préparer très tôt une chaîne documentaire cohérente : sentence complète, convention d’arbitrage, copies authentifiées lorsque nécessaire, traductions appropriées et documents permettant d’identifier sans ambiguïté les parties.

La localisation des actifs et le lieu concret de l’exécution déterminent directement la stratégie procédurale.
Me Nouni Brahim

3. Ne pas confondre reconnaissance et exécution forcée

La reconnaissance d’une sentence et son exécution concrète répondent à deux fonctions différentes.

La première permet à la sentence d’être juridiquement prise en compte. La seconde permet d’utiliser les mécanismes d’exécution contre les actifs du débiteur.

Cette distinction a une conséquence pratique importante : avant toute démarche, le créancier doit identifier les actifs effectivement accessibles en Algérie et déterminer le tribunal territorialement pertinent.

Situation type : une société étrangère obtient une sentence condamnant son cocontractant à lui verser une somme importante. Si les seuls actifs identifiables du débiteur se trouvent en Algérie, la question n’est plus seulement de disposer d’une sentence favorable, mais de savoir quels biens peuvent effectivement être visés, devant quelle juridiction engager la procédure et avec quel dossier documentaire.

4. Anticiper le contrôle de l’ordre public international

Le juge algérien de l’exequatur n’a pas vocation à rejuger le litige arbitral. Il exerce néanmoins le contrôle prévu par le droit applicable, notamment au regard de l’ordre public international.

La préparation ne doit donc pas se limiter à la sentence elle-même. Il faut également examiner en amont les difficultés susceptibles d’être invoquées lors de sa circulation : régularité de la convention d’arbitrage, respect des droits procéduraux, portée des condamnations prononcées et compatibilité de l’exécution recherchée avec les principes impératifs applicables en Algérie.

L’objectif n’est pas de rouvrir le fond du dossier, mais d’identifier les points susceptibles de devenir des obstacles au stade de l’exécution.

L’objectif n’est pas de rouvrir le fond du dossier, mais d’identifier les points susceptibles de devenir des obstacles au stade de l’exécution.
Me Nouni Brahim

5. Faire travailler ensemble conseil international et conseil local

Une stratégie efficace suppose une coordination étroite entre l’équipe ayant conduit l’arbitrage et le conseil algérien chargé de l’exécution.

Le premier maîtrise l’historique du différend, la convention d’arbitrage et la sentence. Le second doit traduire ce résultat dans les exigences procédurales locales : juridiction compétente, dossier documentaire, formalités, mesures d’exécution et suivi devant les autorités concernées.

Cette coordination doit idéalement commencer avant même le prononcé de la sentence, notamment lorsque des actifs importants sont identifiés en Algérie.

En pratique, l’exécution d’une sentence arbitrale étrangère n’est donc pas une simple formalité postérieure à l’arbitrage. Elle constitue une phase autonome de la stratégie contentieuse internationale.

Pour les entreprises, la question centrale n’est pas seulement : « avons-nous gagné l’arbitrage ? » Elle est aussi : « la sentence a-t-elle été préparée, documentée et stratégiquement organisée pour produire un effet concret là où se trouvent les actifs ? »

Cinq points de vigilance

  1. Identifier précisément la nature et l’origine de la sentence
  2. Sécuriser le dossier documentaire
  3. Ne pas confondre reconnaissance et exécution forcée
  4. Anticiper le contrôle de l’ordre public international
  5. Faire travailler ensemble conseil international et conseil local

Principales références juridiques

  • Code algérien de procédure civile et administrative, notamment articles 1051 à 1054.
  • Convention de New York du 10 juin 1958 sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères.

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À propos de l'auteur
Me Nouni Brahim
Avocat en Algérie · Cabinet Maître Nouni
Maître Nouni Brahim est avocat en Algérie. Il intervient notamment en contentieux civil et commercial, droit international privé, reconnaissance et exécution des décisions et sentences étrangères, ainsi qu’en accompagnement juridique des entreprises et partenaires internationaux. Son cabinet assiste des clients algériens et étrangers dans leurs dossiers transfrontaliers et leurs procédures devant les juridictions algériennes.